XII. 5. Hareng
L'« or bleu » scandinave – bombe d'EPA/DHA, vitamine D, et la tradition Bang–Dyerberg.
Qu'apporte cet aliment ? Le hareng est l'une des sources d'oméga-3, de vitamine D et de B12 les plus utiles et les moins chères au monde. 100 g de hareng contiennent 1.7–2.5 g d'EPA + DHA, 15–25 µg de vitamine D et 15–20 µg de B12 – une portion couvre le besoin hebdomadaire en oméga-3 et une grande partie du besoin quotidien en vitamine D.
Quelle quantité ? 100–150 g de hareng frais, au four ou à la vapeur 2–3 fois par semaine. Les versions salées / marinées (matjes, rollmops, schmaltz herring) une à deux fois par semaine – limitées en raison de la forte teneur en sel.
Quand l'éviter ? Sensibilité à l'histamine (inhibiteur de la MAO, dermatite atopique, mastocytose). Hypertension artérielle, évitez les formes salées. Goutte (purines). Allergie.
Le hareng est l'un des poissons les plus profondément enracinés dans la gastronomie et l'économie européennes – la puissance économique de la Ligue hanséatique des XIIIe–XVIIe siècles reposait en partie sur le commerce du hareng de la mer Baltique. Les Néerlandais attribuent l'invention de la technique du hareng salé et vidé (« haring kaken »), vers 1380, à Willem Beukelszoon, qui a rendu possible une longue conservation et l'expédition outre-mer. Pendant le Siècle d'or néerlandais du XVIIe siècle, la flotte harenguière (« Buys ») de 2 000 navires pêchait sur le Dogger Bank – elle est devenue une part de l'identité nationale néerlandaise.
Dans la cuisine juive d'Europe centrale et orientale (de la Slovaquie aux shtetls lituaniens), le hareng salé était un incontournable du repas de Shabbat : schmaltz herring (gras, salé), matjes (jeune, légèrement salé), forshmak (haché, vinaigre-pomme-oignon). Il a été l'un des piliers des communautés immigrées de New York (« Lower East Side ») au XIXe siècle. En Scandinavie, la version fermentée (le « surströmming » suédois) est une curiosité extrême.
Au milieu du XXe siècle, le stock de la mer du Nord s'est spectaculairement effondré du fait de la surpêche (interdiction totale de pêche en 1977), puis s'est lentement rétabli grâce à une réglementation internationale. Aujourd'hui, le hareng de l'Atlantique et du Pacifique sont des exemples positifs de pêcheries durables certifiées MSC – teneur élevée en oméga-3, faible teneur en mercure et faible empreinte carbone.
Contexte scientifique
Le profil nutritionnel du hareng est remarquable. La teneur en oméga-3 EPA + DHA est de 1.7–2.5 g/100 g – parmi les plus élevées des poissons commerciaux (saumon ≈ 1.5–2.5 g ; sardine ≈ 1.5–2.0 g ; thon ≈ 0.3–0.5 g ; morue ≈ 0.2 g). [2008] Des méta-analyses (Mozaffarian 2011, Rimm 2018 AHA Science Advisory) montrent une réduction de ≈ 36% de la mortalité d'origine cardiaque avec 2 portions de poisson gras par semaine. [2009] [2010]
La teneur en vitamine D est un record : 100 g de hareng contiennent 15–25 µg de D3 – dépassant le saumon (10–20 µg) et la truite (10–15 µg). Aux latitudes hivernales du nord (y compris le bassin des Carpates), la synthèse hivernale de D est minimale, la D alimentaire est donc indispensable. La vitamine D module directement le microbiote (Akkermansia muciniphila, Bifidobacterium↑) et l'intégrité de la barrière intestinale (Bashir 2016, Charoenngam 2020). [2016]
L'accumulation de mercure est faible (≈ 0.04 mg/kg) – le hareng est un petit planctonophage situé au bas de la chaîne alimentaire, au cycle de vie court (3–4 ans), il accumule donc moins de métaux toxiques. Sur la liste « best choices » de la FDA – recommandé pour la consommation des femmes enceintes et des jeunes enfants. [2014] Le stock de hareng de l'Atlantique provient de pêcheries durables certifiées MSC. [2015]
La teneur en coenzyme Q10 (CoQ10) est également remarquable (≈ 2 mg/100 g), utile pour la production d'énergie mitochondriale et comme compensation chez les patients traités par statines.
La question de l'histamine : le hareng est de type scombroïde (beaucoup d'histidine libre dans le tissu musculaire). Avec une réfrigération inadéquate, des bactéries décarboxylent l'histidine en histamine → « intoxication scombroïde » (bouffées vasomotrices, céphalées, hypotension). [2013] Avec des antidépresseurs inhibiteurs de la MAO, une crise hypertensive sévère est possible. Le hareng frais ou fraîchement congelé est sûr ; le hareng vieux, maintenu au chaud, est à éviter.
- + Oignon rouge + pomme + cornichon (style forshmak) : combinaison classique d'Europe centrale – la matrice polyphénolique protège les oméga-3.
- + Pomme de terre (rôtie ou bouillie) + crème aigre + ciboulette : combinaison classique scandinave et d'Europe centrale.
- + Pain de seigle + beurre reform : fibres complètes + oméga-3 + vitamine D = super-combinaison pour le microbiote.
- + Aneth, persil, ciboulette : matrice antioxydante d'huiles essentielles.
- + Citron : aide l'absorption du fer, et stabilisation polyphénols-oméga-3.
- + Produits laitiers (yaourt, kéfir) : calcium + cultures vivantes, synergie microbiote.
- + Salade méditerranéenne (tomate, concombre, olive, feta) : synergie cardio caroténoïdes-oméga-3.
- Antidépresseur inhibiteur de la MAO (phénelzine, tranylcypromine, moclobémide, sélégiline) + hareng salé / mariné / fumé : danger de crise hypertensive sévère ! Accumulation d'histamine et de tyramine. Même avec du hareng frais, prudence.
- Hypertension artérielle + matjes / rollmops / schmaltz herring en grandes portions : la teneur en sel aggrave l'hypertension.
- Insuffisance antihistaminique (déficit en DAO) + hareng non frais : risque d'intoxication scombroïde.
- Anticoagulant (warfarine, AOD) + 5 portions ou plus de poisson gras par semaine + complément d'huile de poisson : risque hémorragique additif.
- Hareng fumé à froid (pendant la grossesse, en cas d'immunodéficience) : risque de Listeria.
- Forte restriction de l'apport en Na (insuffisance cardiaque, MRC) + hareng salé : contre-indiqué.
- Friture dans beaucoup d'huile : acides gras trans + oxydation des oméga-3 – exactement l'inverse de ce qu'apporte le hareng.
- Allergie au poisson (parvalbumine) : les symptômes classiques peuvent aller jusqu'à l'anaphylaxie.
- Sensibilité à l'histamine, mastocytose, urticaire chronique, poussée de dermatite atopique : le hareng peut être histaminolibérateur ET riche en histamine – à éviter.
- Traitement antidépresseur par inhibiteur de la MAO : évitez strictement le hareng salé, mariné, fermenté, fumé.
- Hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, œdème : évitez les formes salées.
- Maladie rénale chronique (MRC 3+) : protéines + phosphore + Na élevés – restriction des portions.
- Goutte, hyperuricémie : teneur en purines de 200–300 mg/100 g (élevée) – à éviter pendant une poussée.
- Grossesse : le hareng frais ou bien cuit est RECOMMANDÉ. Les formes fumées à froid, salées, marinées sont à éviter (Listeria, histamine, Na élevé).
- Patient immunodéprimé : évitez le surströmming fermenté et les formes crues marinées fumées à froid.
- Sensibilité à Anisakis : le hareng cru ou non congelé comporte un risque de parasites – à éliminer par congélation (−20 °C, 7 jours) ou par un traitement thermique complet (≥ 63 °C, 15 s).
- Hyperthyroïdie : évitez les grandes portions en raison de la teneur en iode en cas de maladie de Basedow non traitée.
« Le hareng ne se mange que salé – frais, il est fade. » ❌ Le hareng frais ou fraîchement congelé est riche en saveurs et gastronomiquement excellent. Le « stekt sill » scandinave (hareng frit aux oignons), le « groene haring » néerlandais (hareng frais, doux) et le hareng grillé sur braises d'Europe centrale en sont des exemples classiques. Le salage était à l'origine une méthode de conservation, pas une optimisation gustative.
« Le hareng salé est moribond, seuls les retraités juifs et néerlandais âgés en mangent. » ❌ Le matjes, le rollmops et le schmaltz herring sont des expériences gastronomiques et un concentré de nutriments élevé. La renaissance gastronomique du « Vieux Monde » (slow food, cuisine nordique) l'a ramené dans l'alimentation contemporaine.
« L'huile de poisson vaut mieux que le hareng – des oméga-3 concentrés. » ❌ En partie vrai, mais avec une nuance importante. Une gélule d'huile de poisson d'1 g d'EPA + DHA ≈ les oméga-3 d'une portion de hareng – MAIS le poisson a une matrice (vitamine D, B12, protéines, coenzyme Q10, sélénium, iode, astaxanthine). 20–30% des gélules d'huile de poisson du marché sont oxydées (tests consumerlab.com) – pro-inflammatoires ! Le hareng est biologiquement plus complet.
« Le surströmming pue, donc il est nocif. » ❌ La puanteur vient de l'histamine et des composés soufrés – c'est une curiosité, pas un aliment quotidien. Une consommation modérée n'est pas nocive pour une personne en bonne santé, MAIS elle peut être mortelle avec des inhibiteurs de la MAO (tyramine / histamine extrêmes).
« Le hareng augmente le cholestérol. » ❌ Faux. L'apport d'oméga-3 du hareng abaisse les triglycérides [1890], améliore le rapport HDL/LDL et réduit la mortalité cardiovasculaire (essai DART, GISSI-Prevenzione, JELIS). [2011] Le cholestérol alimentaire est surestimé – l'USDA a supprimé la limite supérieure en 2015.
« Le hareng mariné est conservé par le vinaigre, il se garde donc indéfiniment. » ❌ Non. Le hareng mariné se conserve 2–3 semaines au réfrigérateur, 5 jours maximum après ouverture. Le risque de botulisme n'est pas nul en cas de mauvaise conservation (évitez les bocaux bombés !).
« Le hareng congelé vaut moins que le frais. » ❌ Le hareng surgelé industriellement en dessous de −20 °C est de qualité identique au frais, et les parasites Anisakis sont tués. Le « frais » du marché est souvent plus vieux et plus risqué.
Portion quotidienne/hebdomadaire : 2–3× par semaine 100–150 g (frais, au four, à la vapeur) ; version salée / marinée 1–2× par semaine.
Schéma de préparation – hareng grillé sur braises (style Europe centrale) :
- Hareng frais vidé, tête/queue laissées.
- Sel, poivre, aneth, zeste de citron dans la cavité abdominale.
- Sur le gril / sur braises 4–5 minutes / face – peau croustillante, chair qui s'effeuille.
- Avec des pommes de terre nouvelles, une salade fraîche, une garniture d'oignon.
Préparations classiques :
- « Groene haring » néerlandais (hareng frais, doux) : « matjes » frais de mai-juin – cru, avec de l'oignon.
- Hareng matjes (légèrement salé) : salé pendant 24 heures, avec pomme, oignon, crème aigre.
- Rollmops (mariné, farci) : vinaigre + cornichon + oignon – classique de la cuisine juive d'Europe centrale.
- Forshmak (juif d'Europe de l'Est) : hareng salé + pomme + oignon + vinaigre + œuf – en purée.
- « Pickled herring » scandinave : variantes à la moutarde, à l'aneth, épicées.
- Surströmming (fermenté suédois) : curiosité – ne commencez pas par celui-ci.
Conservation : hareng frais au réfrigérateur (4 °C) 24 heures maximum. Congelé (−18 °C) 3–6 mois. Hareng salé / mariné au réfrigérateur 2–3 semaines non ouvert.
À ne pas faire : ne mangez pas de hareng maintenu au chaud (refroidi, réchauffé) (histamine !). Ne l'associez pas à un inhibiteur de la MAO. Ne consommez pas la forme salée quotidiennement en cas d'hypertension artérielle.
Références
[1890] EFSA Panel. Scientific Opinion on Dietary Reference Values for fats. EFSA Journal. EFSA Journal. 2010. Link
Avis scientifique d'un groupe de l'EFSA sur les valeurs nutritionnelles de référence (Dietary Reference Values) pour les graisses.
[2008] USDA FoodData Central. Herring, Atlantic, cooked, dry heat — Nutrient profile. 2024. . 2024.
Profil nutritionnel de l'USDA FoodData Central pour le hareng de l'Atlantique cuit à la chaleur sèche (2024).
[2009] Mozaffarian D, Rimm EB. Fish intake, contaminants, and human health. JAMA. . 2006. Link
CONTEXTE : les poissons (poissons osseux ou fruits de mer) peuvent avoir des effets bénéfiques sur la santé tout en contenant des contaminants, ce qui entretient la confusion quant à la place de la consommation de poisson dans une alimentation saine. RECUEIL DES DONNÉES : nous avons interrogé MEDLINE, les rapports gouvernementaux et les méta-analyses, complétés par une revue manuelle des références et des contacts directs avec les investigateurs, afin d'identifier les publications parues jusqu'en avril 2006 évaluant (1) la consommation de poisson ou d'huile de poisson et le risque cardiovasculaire, (2) les effets du méthylmercure et de l'huile de poisson sur le développement neurologique précoce, (3) les risques du méthylmercure sur les critères cardiovasculaires et neurologiques chez l'adulte et (4) les risques sanitaires des dioxines et des polychlorobiphényles présents dans le poisson. Nous nous sommes concentrés sur les études évaluant le risque chez l'homme, en privilégiant, lorsqu'elles étaient disponibles, les données issues d'essais randomisés et de grandes études prospectives. Lorsque cela était possible, des méta-analyses ont été réalisées afin de caractériser le plus précisément possible les bénéfices et les risques. SYNTHÈSE DES DONNÉES : une consommation modérée de poisson (par exemple 1-2 portions par semaine), en particulier des espèces plus riches en acides gras n-3, acide eicosapentaénoïque (EPA) et acide docosahexaénoïque (DHA), réduit le risque de décès coronarien de 36% (intervalle de confiance à 95%, 20%-50% ; P<0,001) et la mortalité totale de 17% (intervalle de confiance à 95%, 0%-32% ; P = 0,046) et peut influencer favorablement d'autres critères cliniques. Un apport de 250 mg/j d'EPA et de DHA paraît suffisant en prévention primaire.
[2010] Rimm EB et al. Seafood Long-Chain n-3 Polyunsaturated Fatty Acids and Cardiovascular Disease. AHA Science Advisory. Circulation. . 2018. Link
AHA Science Advisory de Rimm et al. sur les acides gras polyinsaturés n-3 à longue chaîne d'origine marine et les maladies cardiovasculaires (Circulation).
[2011] GISSI-Prevenzione Investigators. Dietary supplementation with n-3 PUFAs after myocardial infarction. Lancet. . 1999. Link
CONTEXTE : les données sont contradictoires quant aux bénéfices des aliments riches en vitamine E (alpha-tocophérol) et en acides gras polyinsaturés n-3 (PUFA), ainsi que de leurs substituts pharmacologiques. Nous avons étudié les effets de ces substances administrées en supplémentation chez des patients ayant présenté un infarctus du myocarde. MÉTHODES : d'octobre 1993 à septembre 1995, 11 324 patients survivants d'un infarctus du myocarde récent (≤ 3 mois) ont été randomisés pour recevoir pendant 3,5 ans une supplémentation en PUFA n-3 (1 g par jour, n=2836), en vitamine E (300 mg par jour, n=2830), les deux (n=2830) ou aucune (témoins, n=2828). Le critère d'efficacité principal combiné était le décès, l'infarctus du myocarde non fatal et l'accident vasculaire cérébral. Les analyses en intention de traiter ont été réalisées selon un plan factoriel (analyse à deux voies) et par groupe de traitement (analyse à quatre voies). RÉSULTATS : le traitement par PUFA n-3, mais non par vitamine E, a significativement réduit le risque du critère principal (réduction du risque relatif de 10% [IC à 95% 1-18] à l'analyse à deux voies, de 15% [2-26] à l'analyse à quatre voies).
[2013] Maintz L, Novak N. Histamine and histamine intolerance. Am J Clin Nutr. . 2007. Link
Revue de Maintz et Novak sur l'histamine et l'intolérance à l'histamine (Am J Clin Nutr).
[2014] FDA. Advice about eating fish — choices for women who are pregnant or breastfeeding. 2022. . 2022.
Recommandations 2022 de la FDA sur la consommation de poisson chez les femmes enceintes ou allaitantes.
[2015] Marine Stewardship Council (MSC). Atlantic herring fisheries — certified sustainable. 2024. . 2024.
Certification par le Marine Stewardship Council (MSC) des pêcheries de hareng de l'Atlantique comme durables (2024).
[2016] Charoenngam N, Holick MF. Immunologic effects of vitamin D. Nutrients. . 2020. Link
Revue de Charoenngam et Holick sur les effets immunologiques de la vitamine D (Nutrients).

